Le Carnaval de Binche est à lui seul un patrimoine vivant exceptionnel. Un événement qui doit sa popularité à son côté humain et social hors du commun. Il a d’ailleurs été reconnu Patrimoine Oral et Immatériel de l’Humanité par l’UNESCO en 2003 et accueille chaque année plusieurs milliers de participants.

Un peu d’Histoire : les origines et traditions du carnaval de Binche

La ville de Binche, accueille chaque année le carnaval retraçant les plus anciennes coutumes de Wallonie. Il est aujourd’hui le carnaval le plus réputé du pays et reçoit des visiteurs de tout le continent. Cette reconnaissance est due au respect des traditions et l’originalité des coutumes binchoises présentées. La préparation de la fête démarre dès l’automne, et ça démarre dès l’automne ! Durant plusieurs mois, c’est une véritable communion qui s’opère entre tous les binchois.

Les origines du carnaval semblent aujourd’hui très difficiles à retracer avec exactitude. Selon Christel Deliège, auteur d’un livre à ce sujet intitulé “Carnaval de Binche : fête d’hommes, regard de femmes”. Face au manque d’éléments remontant au delà de la fin du XVIIIème siècle concernant les “gilles”, les historiens et autres folkloristes préfèrent rester prudents. Le Gille (figure centrale du carnaval de Binche) apparaîtrait pour la première fois dans les textes en 1795 en tant que personnage se révoltant contre le Directoire, le régime français qui voulait alors interdire le port du masque. De nombreuses légendes à sa gloire ont vu le jour d’années en années, chaque fois plus romanesque et fantastique, il est alors très difficile de démêler le vrai du faux. La légende la plus populaire étant celle imaginée par le journaliste Adolphe Delmée : le Gille descendant des Incas. Des hommes sauvages tatoués avec des plumes sur la tête apparus en costume dans un cortège lors des fêtes organisées par Marie de Hongrie en 1549 pour accueillir son frère Charles Quint.

 

Les Gilles au carnaval de Binche

Les Gilles en costume lors de l’édition 2015 . Crédits photo : Antonio Ponte

Aujourd’hui, le Gille est le personnage traditionnel le plus célèbre des carnavals de la région du Centre et de certaines villes et communes belges.

Une préparation qui en dit long

Les festivités démarrent le dimanche, 6 semaines avant le début du carnaval. On démarre par les répétitions de batterie, puis les soumonces (comprendre “journée de fête”) en batterie, et enfin les soumonces en musique. Parallèlement à ces préparations, plusieurs bals sont organisés pour accueillir le carnaval comme il se doit : le bal des enfants, le bal de la Jeunesse socialiste, le bal de la Jeunesse libérale et le bal de la Jeunesse catholique. Ces galas sont animés par des orchestres et le déguisement est de rigueur.
Enfin, le lundi qui précède le dimanche gras a lieu la fameuse nuit des “Trouilles de Nouilles” durant laquelle des groupes masqués sortent dans la rue et les cafés accompagnés de percussions et de musique. L’objectif étant de repérer une personne que l’on connait, non masquée, et de réussir à l’intriguer par des farces, la tradition veut qu’une bière soit offerte en cas de réussite. A minuit, les gens tombent les masques et la nuit des Trouilles de Nouilles se transforme en prétexte pour faire la fête, ensemble.

La préparation dans sa globalité est le fruit du travail de de coordination entre de nombreuses entités : l’A.D.L (Association de Défense du Lundi Gras), l’A.D.F. (Association de Défense du Folklore), les comités des différentes sociétés carnavalesques, l’ASBL Carnaval de Binche, la Ville de Binche, les forces de l’ordre, etc…

Programme des trois jours de carnaval

Dimanche Gras

Le Dimanche Gras est le jour le plus coloré du Carnaval. En effet, les prochains Gilles, Paysans, Pierrots et Arlequins du mardi profitent de ce dimanche pour vêtir les costumes les plus fantaisistes, imaginés des mois à l’avance et tenus secret jusqu’au grand jour.
Dès le petit matin (à partir de 7h plus précisément), les participants déambulent de maison en maison, et parcourent la ville par petits groupes appelés “cagnottes” afin de réveiller la ville au son des percussions et de la viole.
Les organisations se réunissent après le repas sur la Place Eugène Derbaix pour le cortège du Dimanche Gras. Accompagnés par les tambours et des cuivres, ils rejoignent l’avenue Wanderpepen au rythme des 26 airs du carnaval. Après le cortège, les sociétés continuent à déambuler en rue, en musique jusque tard dans la soirée. La nuit sera ensuite rythmée au son des tambours (et oui encore eux !).
Le dimanche gras est donc avant tout le lancement officiel des trois jours de carnaval, où cortège et musique permettent la découverte ludique des mystérieux costumes confectionnés si longtemps à l’avance.

Lundi Gras

Le Lundi Gras est un jour plus intime où les visiteurs se font plus rares dans la ville, laissant les Binchois célébrer entre eux. Cette journée est avant tout dédiées aux enfants. Réunies depuis 17 ans au sein de l’A.D.L. (Association de Défense du Lundi Gras), les trois Jeunesses Binchoises (la Royale Jeunesse Catholique Binchoise, la Jeune Garde Libérale et la Jeunesse Socialiste) ont pour objectif de défendre et de promouvoir ce jour sacré en ces terres.
C’est au son des violes que les Jeunesses binchoises se déplacent en petits groupes, se déplaçant de café en café, et parcourent la ville en dansant à partir de 10h du matin.
Une heure plus tard, la tradition veut que des batailles de confétis éclatent dans les différents cafés du centre-ville.
Vers 15 heures, les Jeunesses se rassemblent dans leur local respectif pour regagner la Grand-Place en offrant des oranges. Tous les enfants costumés se retrouvent alors pour former le « Rondeau de l’amitié ».
Aux alentours de 17 heures, les Jeunesses se dirigent lentement vers le quartier de la Gare, où un feu d’artifice est organisé, et prêt à éclater à 19h.

Mardi Gras

La dernière journée mais pas la moindre, celle du Mardi Gras débute par « l’habillage ». Un moment qui se familial, où le Gille revêt son costume traditionnel. Dès l’aube, muni de son ramon (un espèce de petit balais constitué de brindilles et de bouleaux, indispensable pour marquer les moments forts de sa danse) le premier gille quittera son domicile, accompagné par un tamboureur et d’amis et de parents. Il effectuera ensuite le « ramassage » des autres gilles de sa  société, dans chaque quartier déterminé. Dans la plupart des cas, son arrivée au domicile de chaque gille est ponctuée par l’aubade matinale, un air joué au fifre et à la clarinette. Une fois unies, les sociétés vont ensuite déjeuner. Au menu : huîtres et champagne !

Dès 8h30 et durant toute la matinée, les sociétés de Gilles, de Paysans se dirigent vers la Grand-Place. Ils sont vêtus de masque de cire symbolisant l’égalité de tous. Ils seront accueillis à l’Hôtel de Ville par les autorités communales et se verront remettre une médaille récompensant leur participation au carnaval.

Dès 15h, le cortège démarre de la statue du « Paysan » au carrefour de Battignies. Il traversera l’Avenue Charles Deliège pour atteindre la Grand-Place et y former un rondeau. C’est à ce moment que les participants offrent leurs oranges (dites “oranges de Gilles”ou “orange au vin) à la foule et que ces derniers portent leur chapeau de plumes d’autruche. Les sociétés se déplacent accompagnés par les airs du Carnaval.

En soirée, le cortège effectue le même parcours à la lueur des feux de Bengale. Les paniers cette fois sont vides et les Gilles ont retiré leur chapeau.
Vers 21h30, la Grand-Place s’embrase dans un grand feu d’artifice qui clôture le Carnaval avec un « Plus Oultre » (devise de Charles Quint, signifiant toujours plus loin) illuminé en guise de final. Tout le monde pourra alors continuer à danser toute la nuit. Et ce, au sens stricte car la seule limite à la fête sera le lever du jour…

La prochaine édition aura lieu les 7,8 et 9 février 2016. Plus d’informations sur le site officiel du Carnaval de Binche

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