Un chiffre sec, sans fard : au Canada, plus de 20 % de la population est née à l’étranger. C’est plus que chez ses voisins américains ou dans la majorité des pays européens. En 1971, le pays a balisé sa route en devenant le premier État à inscrire le multiculturalisme dans ses fondations officielles. Depuis, la diversité ne s’y raconte pas seulement dans les statistiques, mais dans chaque rue, chaque quartier, chaque histoire individuelle.
Derrière ce constat, d’autres nations cherchent aussi la première place. L’Australie, la Suisse : selon les classements, le podium change. Les critères, eux, font varier la définition. Pour juger du « pays le plus multiculturel », il faut examiner :
- le poids de l’immigration dans la population,
- la manière dont la diversité est reconnue dans les lois et institutions,
- et la façon dont les groupes culturels vivent ensemble au quotidien.
Ces données, croisées aux modèles d’intégration, dessinent un paysage où la réalité déborde les classements.
Comprendre le multiculturalisme : origines, définitions et enjeux contemporains
Impossible de saisir les sociétés du XXIe siècle sans examiner le multiculturalisme. Fruit des débats politiques et sociaux qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, ce concept décrit la coexistence, au sein d’un même pays, de groupes culturels ou ethniques différents. Mais il ne s’agit pas d’une simple juxtaposition : le multiculturalisme suppose que la différence n’est pas tolérée du bout des lèvres, mais pleinement assumée, valorisée, revendiquée comme une source d’enrichissement collectif.
Chaque pays adapte le multiculturalisme à sa manière, selon son histoire, sa relation à l’immigration, sa vision de la nation. Certains, comme le Canada ou l’Australie, ont posé des textes fondateurs pour encadrer la diversité. D’autres préfèrent miser sur l’intégration plus classique, où la culture dominante sert de boussole.
Trois dimensions structurantes du multiculturalisme :
- Reconnaissance juridique : constitutions, lois, chartes qui posent un cadre clair.
- Pratiques sociales : échanges, fêtes partagées, transmission des valeurs et coutumes.
- Enjeux contemporains : cohésion à préserver, tensions à désamorcer, institutions à adapter.
La diversité des origines culturelles agit comme un levier de transformation, tout en posant un défi collectif d’équilibre. Le multiculturalisme national s’inscrit dans un mouvement mondial, nourri par l’intensification des migrations et la redéfinition des identités. Les débats, parfois vifs, révèlent la difficulté de conjuguer égalité des droits et reconnaissance des différences. Impossible, donc, de réduire la question du pays le plus multiculturel à un chiffre unique : tout se joue dans l’articulation, souvent délicate, entre ces forces.
Le Canada, un modèle singulier : comment le multiculturalisme s’y exprime au quotidien
Au Canada, le multiculturalisme ne se limite pas aux discours. Dès 1971, le gouvernement fédéral a posé les jalons d’une politique qui affirme la cohabitation de multiples groupes culturels. En 1982, la Charte canadienne des droits et libertés s’inscrit directement dans la Constitution : chacun y est traité à égalité, sans distinction d’origine ou de langue. Ici, la diversité n’est pas une simple tolérance, c’est une composante revendiquée de l’identité collective.
Dans les grandes villes, ce principe se vit concrètement. Toronto, par exemple : plus de la moitié de ses habitants sont nés hors du pays. Les écoles résonnent en plusieurs langues, les commerces affichent des enseignes venues de tous les continents. Le bilinguisme officiel, français et anglais, côtoie une multitude de cultures asiatiques, européennes, africaines, moyen-orientales. Les nouveaux arrivants ne restent pas à la marge : ils participent activement à la vie économique, associative, politique.
La Loi sur le multiculturalisme canadien, adoptée en 1988, vient renforcer cette dynamique. L’État s’engage à garantir l’égalité des chances, à encourager les ponts entre communautés, à protéger les droits individuels et collectifs. Cette politique s’appuie sur une étroite coopération entre les institutions, les municipalités et la société civile. Au quotidien, le multiculturalisme se traduit par la variété des parcours et la capacité d’intégration, sans perdre de vue le socle commun.
Succès, défis et comparaisons internationales : le multiculturalisme canadien à l’épreuve des faits
L’expérience canadienne du multiculturalisme intrigue et force le respect. Toronto illustre ce carrefour humain : plus de 200 groupes ethniques y vivent, faisant de la ville un laboratoire vivant de la diversité. La Charte des droits et libertés protège ce pluralisme, tandis que la commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme a dessiné une société ouverte aux influences multiples.
Pour autant, le modèle n’est pas sans zones d’ombre. Les tensions ne disparaissent pas miraculeusement : intégration professionnelle, accès au marché du travail, reconnaissance des diplômes, perception d’inégalités selon l’origine… Les débats sur la place des valeurs communes et le respect des différences traversent la Chambre des communes et la société tout entière.
Comparé à d’autres pays, le Canada a poussé plus loin l’institutionnalisation de la diversité. L’Australie, le Royaume-Uni, les États-Unis ont choisi des voies différentes, misant parfois sur l’assimilation, parfois sur une simple coexistence des cultures. Le Canada, lui, revendique une identité faite d’accueil, de pluralité et de dialogue. Cette posture nourrit la réputation du pays comme référence mondiale en matière de multiculturalisme, tout en soulevant la question de la solidité de cet équilibre.
L’impact sur les grandes villes canadiennes et ressources pour aller plus loin
Décennie après décennie, la diversité a changé le visage des villes canadiennes. Toronto compte aujourd’hui près d’un habitant sur deux né à l’étranger. Montréal, elle, vibre au rythme d’une pluralité linguistique et culturelle, où les communautés issues d’Europe, d’Asie, d’Afrique se croisent dans les quartiers, les universités, les espaces économiques.
Cette diversité irrigue la vie urbaine : elle dynamise le marché de l’emploi, stimule la création, enrichit la scène culinaire, artistique et scientifique. Les Canadiens issus de l’immigration occupent de plus en plus de postes qualifiés. Mais les inégalités persistent, notamment pour l’accès au logement ou à des salaires équitables, selon la culture d’origine. Les grandes villes s’adaptent, portées par des réseaux communautaires actifs et un bilinguisme quotidien devenu la norme.
Reste à relever des défis de taille : logement abordable, reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger, harmonisation des politiques d’accueil. Pourtant, ce tissage incessant des identités ne fragmente pas la cohésion sociale : il invente de nouveaux équilibres, à l’échelle urbaine.
Pour approfondir
Voici quelques ressources pour explorer les multiples facettes du multiculturalisme canadien :
- Statistique Canada : des chiffres précis sur l’immigration et la répartition démographique dans les villes
- Institut de recherche en politiques publiques : études sur le marché du travail et l’intégration
- Commission de la Charte des droits et libertés : informations sur le cadre législatif du multiculturalisme au Canada
Ce panorama laisse entrevoir un pays où la diversité s’expérimente chaque jour, dans la rue, au travail, dans les débats publics. Et si le véritable enjeu n’était pas d’être le « plus » multiculturel, mais de savoir, collectivement, ce que l’on fait de cette diversité ?

